Fatalité économique… ou construction politique organisée ?
Décryptage financier
On parle souvent de la dette publique comme d’un phénomène inévitable, presque météorologique. Elle augmenterait parce que les États dépensent trop, parce que les citoyens demandent trop, parce que les services publics coûteraient trop cher.
Cette explication est confortable, mais incomplète. Une dette n’est jamais neutre : elle dépend de choix fiscaux, monétaires, industriels et géopolitiques. Elle dépend aussi des règles qui obligent l’État à se financer d’une manière plutôt que d’une autre.
Lorsque l’État emprunte massivement sur les marchés, il verse des intérêts pendant des décennies. Ces intérêts ne disparaissent pas : ils deviennent une rente durable pour ceux qui financent cette dette.
Le débat ne devrait donc pas seulement porter sur le montant de la dette, mais sur son mécanisme et ses bénéficiaires. Qui prête ? À quelles conditions ? Avec quel pouvoir de pression sur les politiques publiques ?
On oppose souvent austérité et irresponsabilité budgétaire. D’un côté, ceux qui voudraient réduire les dépenses. De l’autre, ceux qui seraient accusés de vouloir dépenser sans limite.
Mais il existe une troisième question, beaucoup plus profonde : pourquoi l’État doit-il emprunter à ceux qui créent l’argent ? Tant que cette question reste absente du débat public, la dette continue d’être présentée comme une fatalité plutôt que comme un choix de système.
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